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Monthly Archives: July 2011

11 juillet 2011, 17h. Un début de soirée calme et ensoleillé sur la terrasse du CarréRotondes, l’espace culturel « pour jeunes publics et public jeune » au cœur du quartier de Hollerich à Luxembourg. Au programme ce soir, il n’y a ni spectacle, ni concert, ni conférence, mais un groupe de travail. Une quinzaine de personnes s’activent autour de la grande table, alors que beaucoup ne se connaissaient même pas quelques minutes auparavant. Lors des présentations, chacun explique pourquoi il ou elle a répondu à l’invitation diffusée quelques jours plus tôt via Internet. La « jeunesse » attablée ici fait partie de la population active, certains ont des enfants ou viennent d’accéder à la retraite. La forte sensibilité environnementale et sociale partagée par tous a trouvé jusqu’ici des moyens d’expression très divers. Plusieurs participants, engagés dans le secteur associatif, déclarent vouloir dépasser une posture critique pour s’investir dans des projets concrets. Chacun à sa manière exprime la volonté de passer avec d’autres à une nouvelle forme d’action.

Une future crise alimentaire au Luxembourg ?
En quelques minutes, Katy Fox, du CELL expose la problématique du jour. L’ambiance se veut bon enfant en dépit de la gravité du sujet. Notre mode de vie et notre régime alimentaire sont basés entièrement sur l’abondance de ressources d’énergies fossiles à bon marché et en partie sur l’exploitation de terres agricoles situées dans des pays pauvres souvent impactés par les catastrophes climatiques. Que se passera-t-il quand les prix des carburants s’envoleront à cause de la raréfaction des ressources disponibles, ou quand des révoltes de la faim incessantes rendront les exportations Sud-Nord encore plus intolérables? Même si des changements aussi drastiques et leurs conséquences sur notre façon de vivre semblent encore inconcevables au plus grand nombre, on prend conscience que certaines sociétés sont plus vulnérables que d’autres, et que le Luxembourg, pays massivement importateur et dont l’économie est étroitement dépendante du contexte mondial, en fait partie. Comment dès lors anticiper sur cette transition inéluctable, et la rendre moins inquiétante ? Comment augmenter notre résilience en tant que communauté? Comment restaurer notre souveraineté alimentaire ? Il faut nous former, (ré)apprendre des savoir-faire ancestraux, perdus de vue depuis quelques générations ; sensibiliser nos proches et nos voisins… La tâche est immense, et par où commencer ?

Open Space
L’objectif du groupe de travail est d’aboutir en quelques heures à des propositions concrètes, sur base d’un ordre du jour défini sur place par les participants. Chacun inscrit sur un bout de papier le sujet qu’il souhaite aborder, et l’on rassemble ensuite les sujets pour constituer des groupes thématiques. Au menu ce soir : « philosophie de la transition » ; « éducation et transmission » ; « jardins communautaires » ; « relocalisation de la production et relations entre producteurs et consommateurs ». Cette technique de groupe de travail participatif et créatif est celle de l’open space. Résolument bottom-up, la méthode est largement utilisée dans le monde de l’entreprise et dans les milieux associatifs depuis les années quatre-vingt-dix, et elle a été adoptée en particulier par les Transition Towns qui ont émergé en Grande-Bretagne au milieu des années deux-mille.

Transition Towns
Les initiatives de transition sont un réseau international de collectifs citoyens œuvrant à améliorer la performance écologique, c’est-à-dire la résilience, de leur communauté (rue, quartier, village, île…). Les initiatives de transition se comptent déjà par centaines sur tous les continents, y compris en Europe continentale, mais il n’en existe pas encore au Luxembourg. L’opportunité de lancer officiellement une telle démarche fait partie des questions posées par les participants de la soirée, mais il semble acquis que le plus important est de se mettre au travail ensemble sans autre délai, quelle que soit la forme ou l’appellation qu’adoptera finalement l’initiative. Les Transition Towns concernent tous les aspects de la vie quotidienne, de la mobilité à l’économie locale mais, ici comme ailleurs, l’alimentation est souvent le sujet qui permet d’entrer dans le vif du sujet avant d’en aborder d’autres. Après quelques dizaines de minutes, les quatre groupes thématiques se retrouvent pour mettre en commun leurs conclusions. Philosophie et éducation/transmission sont indissociables et l’on retrouve des préoccupations similaires dans ces deux groupes. Tout d’abord, il est question de retrouver la signification profonde, la cohérence globale de notre système alimentaire, son interdépendance avec tous les cycles environnementaux à commencer par celui de la photosynthèse. Au-delà des connaissances hygiéniques et diététiques de base, il devrait être plus souvent question des valeurs véhiculées par notre alimentation, du respect et du lien à refonder entre consommateur et producteur. Pour pallier à la disparition des savoir-faire traditionnels et familiaux, notamment potagers et maraîchers, des leçons de jardinage, de cuisine, de conservation alimentaire devraient être organisées, ainsi que des fêtes et des célébrations afin de sensibiliser un public élargi.

Groupes d’achat et jardins communautaires
Le troisième groupe expose ses idées sur la relocalisation de la production et les relations entre producteurs et consommateurs, des enjeux déjà connus du public mais insuffisamment développés dans notre région. Ici les discussions se veulent très pratiques. Quelles sont les initiatives existantes ? Sont-elles suffisantes, faut-il en proposer d’autres ? Comment créer des groupes d’achats collectifs, combien de personnes sont-elles nécessaires ? Comment documenter et préserver les vieilles plantes régionales ? Comment déterminer les prix et les relations entre urbain et rural ? Mais la thématique du quatrième groupe est sans doute celle qui fédère le plus de volontés de passer à l’acte, il s’agit en effet des jardins communautaires. Quelles sont les initiatives existantes ? Comment protéger les jardins urbains menacés par l’urbanisation ? Les associations de jardins urbains sont-elles sensibilisées à la problématique de la transition ? Comment créer le cas échéant un véritable jardin communautaire ? La gestion, à définir dans une charte, dépend des objectifs : le jardin doit-il être rentable ou bien son objet est-il social et éducatif et doit-il dès lors être soutenu par les pouvoirs publics ? Les règles d’urbanisme sont-elles adaptées à de tels projets ? Au final, les observations des quatre groupes thématiques convergent pour s’accorder sur la place centrale de l’éducation et de la transmission dans tout projet authentique de transition écologique.

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